Remote freedom

En février 2013, Marissa Mayer expliquait au monde qu'elle demandait aux salariés de Yahoo travaillant en mode remote de revenir dans les locaux de l'entreprise (ou de dégager). À une époque où ce phénomène semblait avoir le vent en poupe, cette décision avait fait parler.

Ce mode de travail qu’est le remote, je l'ai longtemps défendu, sans finalement réellement mesurer son impact sur l'entreprise. Sans mesurer les changements de mentalité et d'organisation qu'il impliquait. J'étais convaincu qu'il allait dans le bon sens, tant pour le salarié que pour la boite, mais sans l'avoir vécu de l'intérieur et être capable d’expliquer précisément pourquoi.

J'ai commencé à travailler avec Craftsmen en mars 2014, à distance. Les choses étaient claires dès le début : je travaillais d'où je voulais, quand je voulais. Cela fait donc 6 mois que je bosse depuis un espace de co-working, depuis chez moi, le train, des confs, ou au bord d'une piscine.

This is freedom, bitch !

Qui n'a jamais saturé du brouhaha de l'openspace, de voir tous les matins les mêmes têtes, des réunions intempestives et autres interruptions, de l'obligation de pointer en arrivant et en partant ?

Proposez à un salarié qui a vécu ça de pouvoir bosser quand il veut, où il veut, il vous sautera au cou. Ca sonne comme un rêve, non ?

C'est certainement l'un des principaux intérêts du travail remote : cette capacité que nous offre ce mode de fonctionnement à organiser notre boulot en fonction de nous-même, et de la façon dont nous estimons être le plus efficace. Je crois que c'est ce qui m'a, tout d'abord, le plus séduit.

J'ai vécu, comme la plupart d'entre-vous, ces journées où l'on arrive totalement crevé, et où nous n'avons pas d'autre choix que de rester devant notre écran jusqu'au soir, trop fatigués pour produire quoi que ce soit, mais sans avoir la possibilité de faire une petite sieste, ou de s'évader un temps afin de laisser notre cerveau récupérer un peu.

Le travail remote peut vous libérer de ça. Et clairement, peut vous permettre d’être plus efficaces, parce que travaillant lorsque votre corps et votre esprit sont disponibles. Ca change la donne.

Il y a, évidemment, une contrepartie. Un élément fondamental, qui aujourd’hui ne permet malheureusement qu’à une petite partie des entreprises de choisir un mode de fonctionnement remote : pour laisser son salarié choisir son propre rythme de travail, il faut lui faire confiance. Votre boss ne sait pas quand vous travaillez, ni sur quoi, à un instant donné. Dans une entreprise en mode local, il a juste à entrer dans votre bureau et regarder votre écran pour voir si vous bossez (true story). Là, il n’a aucun contrôle, autre que celui que vous voulez bien lui donner. Et je peux vous assurer que ça pose des problèmes à plus d’un.

Non, mais de toute façon les salariés n'ont pas envie de travailler. Il faut les surveiller.

A l’inverse, si vous avez travaillé dans une boite « standard », attendez-vous à ce que ce soit compliqué pour vous aussi. On ne se déprogramme pas si facilement ! Pour ma part, j’ai passé des années à devoir rendre des comptes quotidiennement sur ce que je faisais, à devoir expliquer pourquoi telle ou telle chose n’avait pas été faite, à devoir justifier le temps passé sur chacune des tâches effectuées … Et bien croyez-le ou non, mais au début il m'était absolument impossible de m’arrêter faire une sieste l’après-midi, ou de commencer à 11h le matin parce que je n’étais pas en forme au réveil. Cela m’a pris plusieurs mois avant d’y arriver, et bon nombre de discussions avec les craftsmen, qui m’ont poussé dans ce sens.

Ce problème de confiance est légitime étant donné l’état d’esprit de beaucoup de salariés et de patrons, et il n’est finalement pas tant lié que ça au travail remote (même si cette façon de fonctionner exacerbe les craintes). A Craftsmen, nous pensons que si cette confiance est la base d’une collaboration, elle est intimement liée à l’engagement des membres d’une équipe dans le projet de l’entreprise. C’est là dessus que nous avons travaillé, avant même que je n’intègre la société : tout a été fait pour que je m'approprie la vision et la culture de la boite, et c'est de mon point de vue un élément fondamental du succès d'une organisation remote libérée.

Work.request(async: true).success({ do_it! })

La communication orale fait partie des canaux de communications privilégiés dans nombre d’entreprises, particulièrement celles impliquant un openspace. Quoi de plus simple en effet que de relever la tête et s’adresser à son collègue afin de l’informer ou de prendre une décision ?

C’est rapide, et efficace. Enfin au moins pour les deux interlocuteurs. Parce qu’évidemment pour le reste de l’organisation, c’est un peu plus compliqué.

Mais si, j’ai prévenu Robert la semaine dernière, il ne te l’a pas dit ?

Le passage au mode remote implique évidemment un changement profond dans le mode de communication des collaborateurs d’une organisation : passer d’une communication synchrone à une communication asynchrone. Il n’est pas ici question que de passer de l’oral à l’écrit, mais bien de passer de moyens d’interagir en direct (oral, messagerie instantanée …) à des moyens différés (écrits archivables).

À Craftsmen, nous utilisons trois canaux de communication asynchrone :

  • Trello : pour toute la gestion de projet et les échanges en amont des développements
  • Github : pour toutes les discussions liées au développement, nous utilisons la mécanique des pull requests
  • l’email : pour tout ce qui sort du contexte projet (administratif, par exemple)

Ce changement peut paraître évident et plutôt simple à mettre en place dans un environnement ou tout le monde travaille en remote. C’est un peu plus complexe dans une entreprise mixant les collaborateurs remote et ceux travaillant sur place : ces derniers doivent en effet lutter contre le réflexe d’utiliser le mode de communication le plus rapide qu’est l’oral, sous peine de bannir de l’échange une partie des personnes concernées.

Evidemment, même si ce mode de communication asynchrone est à privilégier pour la majorité des cas, certaines situations nécessitent des canaux de discussion beaucoup plus directs. Je pense en particulier aux situations de crise, pour lesquelles un échange temps réel (téléphone, visio, ou messagerie instantanée) sera beaucoup plus efficace.

Comme, chez Craftsmen, nous aimons les défis, nous avons rajouté une difficulté supplémentaire à la problématique de l’asynchrone : le décalage horaire. Alors non, il n’y a pas 8 heures de décalage entre Angers et Saint-Etienne. Mais nos horaires étant totalement flexibles, nos journées sont souvent décalées -des fois de 6 ou 7 heures- lorsque certains d'entre nous se sentent plus efficaces la nuit, par exemple. La communication asynchrone est évidemment un pré-requis pour pouvoir travailler dans ces conditions, mais il n’est pas suffisant. Le fait de ne pas être présents en simultané implique en effet de ne pas pouvoir être débloqué lorsque l’on se retrouve face à une situation nécessitant l’intervention des autres. Parmi les quelques exemples vécus, il y a le fait d’avoir terminé tout le boulot que l’on s’était fixé, ou d’être confronté à un problème de connaissance sur un sujet nécessitant l’intervention d’un collaborateur.

Quelques astuces/règles que nous avons appliquées :

  • avoir un pipeline de « todos » rempli en permanence, avec toujours quelques jours d’avance
  • ne pas se concentrer sur un seul projet, mais essayer d’alterner avec au moins deux. Si l’on bloque sur un, il est possible de switcher sur le second en attendant de débloquer la situation
  • avoir toujours à l’esprit quelques side projects. Au delà des moments de blocage et de permettre de s'aérer l'esprit, ils nous donnent la possibilité de s'exercer, de se planter et de s'améliorer (un peu de lecture au sujet des breakable toys)

Ce billet fait partie d'une série de deux articles sur le travail remote. Le second billet, dédié au facteur humain dans la communication écrite, sera publié dans les prochains jours.

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